J’aime mieux voir réparer les crimes plutôt que de les faire expier.

1907-1934 : enfance et formation

Née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire), Germaine Tillion grandit dans un milieu aimant et épris de culture. Son père est juge de paix. Il s’adonne à la photographie et à la musique en amateur accompli ; il rédige les « Guides bleus » en collaboration avec son épouse, Emilie Cussac. La musique et les livres sont l’univers familier de la petite fille qui montre une inlassable curiosité.

Elle commence sa scolarité à Allègre, puis en internat à Clermont-Ferrand et rejoint ses parents en région parisienne, à Saint-Maur, en 1922. Son père meurt alors qu’elle n’a pas 18 ans. Sa mère poursuit seule l’édition des “Guides bleus”. Germaine Tillion participera elle aussi à ce travail, tout en entreprenant, à partir de 1925-1926, des études supérieures qui la conduisent de l’Ecole du Louvre à la Sorbonne, de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes au Collège de France, puis à l’Institut d’Ethnologie créé en 1925 et dont elle sort diplômée en 1932 ; elle y suit les cours de Marcel Mauss qui deviendra son directeur de thèse. Plus tard, elle fréquentera aussi l’Ecole des Langues Orientales. Elle s’intéresse aux différentes sciences qui peuvent l’aider à comprendre l’humain : l’histoire de l’art et des religions, la préhistoire, le folklore celtique, l’archéologie, puis l’ethnologie. Elle commence à mettre en pratique, dans son environnement, les méthodes apprises :

« ..J’avais interviewé quelques indigènes du Cantal, de la Bretagne et de l’Île-de-France…» (Il était une fois l’ethnographie, p.17) ;

Mais elle mène en même temps la vie d’une jeune fille ouverte au monde et entreprenante. Ses amis et ceux de sa soeur Françoise aiment se réunir dans la maison de Saint-Maur, autour d’Emilie Tillion, parfois pour des thés dansants. Elle sort, va au spectacle, fréquente les expositions. Elle nage, pratique le canoë (elle descend les gorges de l’Ardèche seule avec sa sœur et une amie), fait du camping, expériences qui lui serviront dans ses missions ultérieures. Elle se félicitera alors d’être capable d’allumer un feu de bois ! Elle voyage à l’étranger, notamment en Allemagne.

En 1934, sur la recommandation de Marcel Mauss, Germaine Tillion est recrutée par l’Institut International des Langues et des Civilisations Africaines basé à Londres pour une mission de recherches ethnographiques dans les Aurès, région montagneuse à l’est de l’Algérie, où vivent des tribus berbères semi-nomades, les Chaouïa, qui s’appellent eux-mêmes Aurassis du nom des montagnes où ils vivent.

Le représentant en France de cet institut, Henri Labouret, ancien gouverneur des colonies définit les objectifs de l’enquête, à la fois sociologique et ethnologique : mieux connaître les usages, croyances, lois et techniques des habitants de l’Aurès, et collecter des objets systématiquement recueillis avec photographies, croquis et films.

Ce sont deux femmes, supposées être plus facilement admises en milieu musulman, qui sont choisies pour cette mission : Thérèse Rivière, responsable du “Département Afrique blanche et Levant” du MET (le Musée Ethnographique du Trocadéro dont son frère, Georges-Henri Rivière, est le sous-directeur), aura à s’occuper de la collecte des objets et de l’enquête ethnographique ; Germaine Tillion, de la partie dite sociologique. Elle est déçue par la destination : elle visait plus loin, plus dépaysant qu’un département français, ce que l’Aurès était à cette époque…. !

« Une partie, même vaste et sans route, d’un département français, cela me semblait petit et proche et pas à la mesure de mon immense curiosité du monde… Il convenait toutefois aux débutants et, plus encore aux débutantes, de borner leurs ambitions …» (Il était une fois l’ethnographie, p.14)

Son étude sur une tribu aurésienne durera jusqu’en 1940 et la passionnera.